Compte rendu de millésime écrit par Elaine & Manfred Krankl, traduit par Valade & Transandine. Retrouvez ici le texte original : 2025 SQN FALL OFFER LETTER

Chers chercheurs de bonté,

L’un des plus grands de tous les temps, Winston Churchill, que j’admire depuis aussi longtemps que je m’en souvienne, a un jour donné ce merveilleux conseil : un bon discours devrait être comme la jupe d’une femme ; assez long pour couvrir le sujet, et assez court pour éveiller l’intérêt.

Je n’ai certainement pas l’intention de prononcer un « discours » ici. J’espère plutôt vous offrir quelques pépites de matière grise et, bien sûr, un petit aperçu de cette « bonté » que nous venons ici vous proposer.

« Je », c’est Manfred, bien entendu. Et voici l’une de ces fameuses « pépites ». J’en collectionne en quelque sorte ; je les relis de temps à autre, parce qu’elles m’inspirent et qu’elles font circuler les jus… pour ainsi dire. J’espère qu’elle vous plaira aussi.

« Les grands ne s’installent pas dans des bureaux, ne facturent pas d’honoraires, ne donnent pas de conférences et n’écrivent pas de livres. La sagesse est silencieuse, et la propagande la plus efficace en faveur de la vérité est la force de l’exemple personnel. Les grands attirent des disciples, des figures moindres dont la mission est de prêcher et d’enseigner. Ce sont des évangélistes qui, incapables d’accomplir la tâche la plus haute, passent leur vie à convertir les autres. Les grands sont indifférents, au sens le plus profond du terme. Ils ne vous demandent pas de croire : ils vous électrisent par leur comportement. Ce sont des éveilleurs. Ce que vous faites de votre petite vie ne les concerne pas. Ce que vous faites de votre vie ne regarde que vous, semblent-ils dire. En somme, leur seule raison d’être ici-bas est d’inspirer. Et que peut-on demander de plus à un être humain que cela ? »
Henry Miller

Je ne peux pas dire que je sois à la hauteur de cela, mais bon sang… je fais de mon mieux. J’essaie, et que personne ne me pousse plus loin que cela.

Parce que… la colère la plus dangereuse vient de quelqu’un qui a bon cœur. Il la retient, il reste calme, il pardonne, jusqu’au jour où il ne peut plus.

Ne poussez pas trop loin une bonne personne.

Et je pense être un type plutôt bien.

Maintenant, parlons de ce qui vous intéresse probablement, et à juste titre, le plus : le VIN.

Comme c’est la tradition à cette période de l’année, nous avons deux lauréats, tous deux issus du très plaisant millésime 2023. Oui, il s’agit bien de notre Grenache et de notre Syrah.

Théoriquement, ou peut-être « historiquement » parlant, je pourrais maintenant conclure ma plaidoirie. Mais puisque j’ai dit plus haut que j’étais « un type plutôt bien », je ne vais pas le faire. Je vais plutôt vous donner davantage de perspective et de détails sur les vins et sur le millésime.

Commençons par le MILLÉSIME.

Les années 2024, récemment terminée, et 2022 ont toutes deux offert de faibles rendements qui ont mis notre dévouement à l’épreuve. Des rendements franchement, brutalement bas. 2023 n’a pas été non plus exactement une avalanche de raisins, mais appelons cela « normal » selon notre logique un peu tordue. Du point de vue des rendements, en tout cas.

D’un point de vue qualitatif, en revanche, ce fut exceptionnel. Franchement profond, même. Le millésime du millénaire ? Peut-être pas. Et même si c’était le cas… comment diable pourrais-je le savoir ? Mais puisque je suis aussi là pour vendre, je pourrais m’emparer de cette formule. Je ne le ferai pas, à cause de cette histoire de « type plutôt bien ». Et puis, je n’aime pas ce genre de déclarations. Mais c’était exactement dans ma zone de confort.

Le temps a été très doux et régulier. Aucun événement excessif, dans un sens ou dans l’autre. Nous avons eu un seul jour où la température est montée à 100°F — soit environ 38°C — et seulement dans l’un de nos quatre vignobles du domaine. Tout a été très méthodique, très constant.

Certaines personnes affirment que les années comme celle-ci ne produisent pas de vins complexes. Pas moi. Certaines personnes pensent probablement encore que la Terre est plate aussi. Des millésimes comme celui-ci peuvent donner des vins parfaitement mûrs, mais aussi nuancés, précis, vivaces et élégants. C’est exactement ce qui s’est produit ici.

Les vins possèdent une belle acidité et beaucoup d’énergie, sans manquer de sophistication. Tout était, et tout est, à sa place. Un temps franchement merveilleux, qui nous a permis de vendanger quand nous le souhaitions, sans trop de stress ni d’inquiétude. Notre dernière récolte a eu lieu le 14 novembre, et tout cela s’est achevé comme un plaisir, ou plutôt comme une récompense. Assurément une année que j’espère revoir encore de nombreuses fois.

Je sais que je l’ai déjà expliqué auparavant, mais je vais le refaire, en guise de rappel. Ces vins s’appellent à nouveau Distenta. C’est du latin, et cela signifie sans étiquette. Et puisqu’ils sont les cinquièmes de la série Distenta, ils portent le chiffre romain V. Bien entendu, ils reçoivent toujours leurs étiquettes « artistiques » — cela a toujours fait partie du style SQN. Notre fils August nous aide aussi sur ce point.

Entrons donc dans le vif du sujet avec le premier vin, à savoir…


Grenache Distenta V 2023

Je l’ai déjà dit d’innombrables fois, alors une fois de plus ne devrait pas faire trop de mal. Elaine et moi sommes tous deux des fanatiques de Grenache de tout premier ordre. Ma formule, désormais souvent volée, a longtemps été : « Le Grenache tient les promesses que le Pinot Noir fait. »

Oui, c’est un peu étrange, voire sarcastique, mais ce que je veux dire par là, c’est qu’il existe certaines similitudes. Le Grenache possède une douceur, une ampleur, un côté pétale de rose que j’associe souvent aux grands Pinot Noir. Et même s’il est fréquemment plus riche et plus puissant que le Pinot Noir, il possède cette caractéristique. Ou du moins, il DEVRAIT la posséder.

La cuvée est composée de :

81,8 % Grenache, 8,6 % Mourvèdre, 7,7 % Syrah et un énorme 1,9 % de cépages blancs, soit 1,3 % Gelber Muskateller et 0,6 % Petit Manseng.

Ces chiffres résultent simplement de la dégustation. Ma principale préoccupation a toujours été de produire quelque chose de savoureux… et de durable. Tout le reste est secondaire.

Les raisins proviennent désormais exclusivement de nos vignobles du domaine :
42,2 % Cumulus Vineyard, 28,2 % Eleven Confessions Vineyard, 24,5 % The Third Twin Vineyard et 5,1 % Molly Aïda Vineyard.

25,4 % des raisins ont fermenté en grappes entières, pour le Grenache. Le reste a été égrappé. Après la fermentation alcoolique, le vin a été placé en fûts, dont 57,8 % de chêne français neuf. Mais presque tous étaient des demi-muids, ces grands bestiaux de 600 litres, plutôt que des barriques.

Le seul critique à avoir dégusté cette petite merveille pour l’instant est Jeb Dunnuck, mais Lisa Perrotti-Brown et Billy Norris, de Vinous, doivent venir très bientôt. Bien sûr, la critique la plus redoutable de toutes, E, l’a goûtée avec moi à la maison, sur trois jours. C’est aussi un test du courage de M, mais puisque je suis encore en train de vous écrire, j’imagine que je l’ai réussi.

Mes gribouillis disent ceci :

Première cuvée
Belle couleur, assez sombre, mais pas sombre huileuse. Très beau nez. Joueur, vivace, et plus typiquement Grenache que je ne l’avais anticipé. Très luxuriant, super juteux. Délicieux. Meilleur que ce que je pensais. La Boss pense que je devrais utiliser moins, voire pas du tout, de Petite Sirah. Je vais vérifier cela.

Quelques jours plus tard : deuxième cuvée
Toujours une belle couleur, mais plus fraîche, plus vive, avec un nez et une bouche encore plus Grenache. On y va. Plus marqué par les fruits rouges. Des framboises sous stéroïdes. Très bon vin. Il y a aussi du silex et de la menthe poivrée.

Encore quelques jours plus tard : troisième cuvée
Léger changement par rapport à la précédente (sélection de fûts). Une touche plus claire en couleur, mais toujours assez sombre pour un Grenache. Encore plus alerte qu’avant, et encore PLUS Grenache. Nom d’un chien… il faut absolument y aller comme ça. D’une beauté hors norme.

Et juste au moment où vous vous demandez ce que nous pourrions bien ajouter à cela, eh bien, nous ne nous reposons pas si vite. Nous avons aussi un autre champion. Et c’est…


Syrah Distenta V 2023

Ce n’est clairement pas une mauviette non plus. Ce bébé est composé de :

85,8 % Syrah, 5,5 % Grenache, 3,7 % Petite Sirah, 3,3 % Mourvèdre et 1,7 % de cépages blancs, soit 0,4 % Gelber Muskateller et 1,3 % Petit Manseng.

Les « mères de naissance » sont :
48,6 % The Third Twin Vineyard, 27,8 % Cumulus Vineyard et, pour faire bonne mesure, 23,6 % Eleven Confessions Vineyard.

Ici, seulement 11 % ont fermenté en grappes entières ; la majeure partie a donc été égrappée. Le délicieux jus est ensuite parti en fûts, dont un impressionnant 63 % de chêne français neuf. Même le reste n’avait qu’entre 1 et 3 ans.

Contrairement au Grenache, qui n’a pas été soutiré du tout, cette beauté a été soutirée une fois, sans compter le « soutirage » vers la cuve avant la mise en bouteille.

Oui, bien sûr, E & M ont aussi dégusté ce Superman ensemble. VOUS ne pouvez pas tout avoir.

J’étais peut-être un peu éméché lorsque j’ai terminé ce devoir, ce travail. Mais mon ami, je vais là où je dois aller pour bien VOUS servir. Et puis j’étais probablement tellement ravi de l’attitude positive de E que je n’avais même pas besoin d’alcool ; mais que Dieu me bénisse, j’en ai eu aussi. Pardonnez-moi si mes notes sont un soupçon joueuses ou immatures.

Mes hiéroglyphes enthousiastes :

Couleur fantastique, extrêmement sombre, mais brillante comme la pleine lune dans un ciel nocturne dégagé. Très beau nez, plutôt expressif, invitant, rempli de composantes de Syrah très séduisantes, lumineuses, mais assez typiques : fruits rouges noirs, poivre noir et goudron.

La bouche est remarquable, extrêmement ample, juteuse, joueuse, et vous pousse à en boire davantage. L’alcool, qui est certainement élevé, ne se remarque PAS DU TOUT. Le bois neuf non plus.

Même E a dit : « Ne change absolument rien… c’est magnifique. »

Je suis d’accord.

Comme une La Landonne pour les fortunés.

Je suis si heureux.

Naturellement, vous pouvez penser ceci, cela, ou autre chose encore. Vous pouvez penser que j’essaie de vous rouler dans la farine. Vous pouvez penser que je joue les vendeurs de voitures d’occasion. Vous pouvez penser tout ce que vous voulez.

Mais vous pouvez aussi vous dire : je sais ce que ces gens font, je crois connaître leur éthique de travail et, avec un peu de chance, je n’ai pas été déçu jusqu’ici. Alors… bon sang, je ne peux pas m’en priver. Moi aussi, j’ai travaillé dur, et je mérite bien un petit bonus.

Et je suis d’accord.

Je sais que vous connaissez votre affaire. Jouez-la avec l’expertise qui est la vôtre, et ne laissez pas les choses passer entre les mailles du filet.

AGISSEZ.

Il est difficile d’exagérer à quel point nous vous apprécions, vous, votre beau nez, votre beau palais, votre bel intellect, votre incroyable fidélité et votre intérêt constant. Nous nous sentons véritablement privilégiés de pouvoir vous proposer et vous vendre nos vins. Nous savons que vous êtes unique.

La seule façon pour nous de VOUS MONTRER que ces mots ont du sens, c’est de ne faire aucun compromis dans ce que nous faisons, et de placer sous le bouchon quelque chose qui vous rende heureux et vous fasse sourire. C’est ainsi que vous pouvez nous juger.

C’est honnête, non ?

M E R C I d’être qui vous êtes. Surtout, ne changez jamais.

Nous vous souhaitons un merveilleux été. Un été paisible, heureux, gratifiant et plein de joie.

Bien à vous,

Elaine & Manfred Krankl