L’Alto Adige est une région particulière, à la croisée des cultures italienne et germanique, avec une histoire viticole ancienne et un terroir de montagne unique. Pouvez-vous nous présenter ses différentes caractéristiques ?

Le Haut-Adige est la région viticole la plus septentrionale d’Italie (46e parallèle nord). Elle bénéficie d’un climat tout à fait unique car elle nichée entre les Dolomites (classées au patrimoine mondial de l’Unesco) et les Alpes italiennes, qui forment une frontière naturelle avec l’Autriche et la Suisse et constituent une barrière contre les vents venant du pôle Nord. D’autre part, la Méditerranée, au sud, et le lac de Garde (à proximité immédiate), créent un microclimat unique : 1 900 heures d’ensoleillement par an et environ 800 mm de précipitations. Les fortes variations de température entre le jour et la nuit, causées par le vent froid qui descend depuis les hauts sommets des montagnes pendant la nuit, créent les conditions propices à une acidité élevée et à un bouquet intense dans les raisins.

Notre région nommée « Alto Adige – Südtirol » est le lieu où le Nord rencontre le Sud, où les Alpes rencontrent la Méditerranée. C’est un carrefour des cultures et traditions autrichiennes, germaniques et italiennes. La région a été germanophone pendant plus de 700 ans durant le Saint-Empire romain germanique (gouvernée d’abord par le prince-évêque de Bressanone de l’Église catholique romaine et les comtes du Tyrol, puis par les Habsbourg). Ce n’est qu’en 1918 qu’elle a été rattachée à l’Italie (après le traité de Saint-Germain à la fin de la Première Guerre mondiale). Elle fait donc aujourd’hui partie de l’Italie, mais avec une reconnaissance officielle du bilinguisme (italien et allemand) et de l’autonomie depuis 1972. Il y a donc aujourd’hui deux langues officielles (l’italien et l’allemand), l’allemand étant la langue maternelle de 70 % de la population.

Ainsi, tant d’un point de vue naturel qu’historique et culturel, l’Alto Adige – Südtirol représente une région unique. C’est aussi la plus petite région viticole d’Italie (moins de 1 % de la superficie viticole italienne).

Colterenzio est souvent cité comme l’un des modèles de coopérative viticole italienne. Comment faites-vous pour fédérer plus de 300 vignerons autour d’une même vision ? Comment s’effectue l’organisation en interne ?

La création de Colterenzio, en 1960, avait pour objectif de valoriser et de donner la parole aux vignerons locaux, qui souhaitaient que leur raisin soit rémunéré à sa juste valeur (par opposition au prix du marché fixé par des négociants avides, qui ne cessaient de le faire baisser d’année en année). C’est ce principe qui a animé toutes les différentes coopératives viticoles créées depuis la fin du XIXe siècle, chacune dans le petit village d’origine des agriculteurs.

Les 300 vignerons d’aujourd’hui sont représentés par un conseil d’administration, dont les 11 membres sont élus tous les trois ans parmi l’ensemble des 300 vignerons. En tant que société, avec un nombre variable de membres et de capital, chaque membre dispose d’un droit de vote indépendamment de sa part, ce qui en fait une société très démocratique, évitant ainsi le pouvoir imposant d’un seul grand investisseur. Notre winemaker et son équipe entretiennent une relation personnelle avec chacun d’entre eux, leur apportant un soutien tout au long du cycle viticole grâce à un agronome au sein de l’équipe et à un rapport direct avec le vigneron. C’est en effet l’équipe qui décide du calendrier de la taille, des vendanges, etc. Les viticulteurs reçoivent leur paiement à la fin des vendanges, en fonction de la qualité de leurs propres raisins et de la production globale du millésime.

Dans les années 1980, sous la direction de Luis Raifer, une cartographie de l’ensemble des vignobles appartenant aux vignerons de Colterenzio a été réalisée : l’objectif était d’identifier certaines zones qui, en raison de leur microclimat, de leur altitude, de leur sol et de l’exposition des vignes, pouvaient produire des raisins de grande qualité. Dans cette optique, et en accord avec les vignerons, qui doivent y croire pour investir dans de nouvelles plantations et des travaux supplémentaires, un nouveau « groupe de qualité » a été formé et le « projet du groupe de qualité » a démarré. Depuis lors, l’objectif a été de poursuivre ce processus, année après année, en ajoutant davantage d’hectares de vignobles et de nouveaux membres au groupe initial. Cela a permis de rendre la production de plus en plus stable et homogène, de sorte qu’aujourd’hui, nous savons exactement d’où proviennent les raisins de chaque vin, et grâce à des micro-vinifications (de chaque parcelle), le winemaker peut choisir l’assemblage final, garantissant ainsi une qualité constante au fil des ans.

Il a peu de temps, vous avez inauguré votre nouveau chai. Au-delà de la dimension architecturale, qu’apporte t’il de nouveau en terme d’écologie, de modernité… ?

Depuis le début de l’année 2025, la Cantina Colterenzio accueille ses visiteurs dans un cadre rénové : des lignes audacieuses, une tour élancée en béton foncé et une large façade vitrée s’ouvrant sur les vastes vignobles — parmi les plus réputés du Haut-Adige —, encadrés par les montagnes. Les espaces dialoguent avec la nature : une terrasse ombragée par les arbres, des salles de dégustation suspendues entre ciel et vignes, ainsi qu’une boutique baignée de lumière. La nouvelle partie du bâtiment allie des éléments de design moderne à la tradition viticole et s’intègre harmonieusement dans le paysage environnant.
Pourtant, la véritable âme de la cave reste son vin.
La rénovation des bâtiments a débuté en 2005 sous la houlette des architectes locaux Bergmeister & Wolf : leur philosophie consiste à utiliser des matériaux locaux et à intégrer le bâtiment dans le paysage environnant, dans un mariage harmonieux.

Nous proposons votre Pinot Grigio, pourriez-vous nous décrire cette cuvée ?

Notre ambition, depuis toujours, est de créer un vin qui reflète pleinement notre terroir : un Pinot Grigio de caractère, donc ! Ceci est en partie rendu possible grâce à notre terroir privilégié, caractérisé par un climat plus frais mais bénéficiant d’un bon ensoleillement, ainsi que par des vignobles situés en altitude (afin d’obtenir un niveau d’acidité plus élevé) ; le deuxième élément important consiste à vendanger les raisins exactement au bon moment (pour atteindre la maturité phénolique) et à conférer au vin un caractère onctueux en le laissant reposer sur ses lies pendant plusieurs mois.
A la dégustation, les arômes sont attrayants sur les agrumes, mais aussi de la pêche et du miel. La bouche est d’une densité moyenne, fruitée et nette en bouche avec des arômes de fruits du verger et une belle acidité acidulée en finale. Je vous le conseille avec un risotto crémeux aux langoustines, citron confit et huile d’herbes…

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